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Michelle Obama interrogée par Leïla Slimani : peur, amitié et « go high »

16/11/2022 · 3 min de lecture

En novembre 2022, à l’occasion de la sortie en France de « Cette lumière en nous » (Flammarion), Michelle Obama a accordé un entretien à Brut. C’est l’autrice Leïla Slimani qui l’interroge.

Montrer ses doutes

Leïla Slimani avoue avoir été soulagée de lire que Michelle Obama, elle aussi, s’emporte contre ses enfants et passe des nuits à se demander si elle est à la hauteur. Pour l’ancienne Première dame, c’est justement ce qu’un modèle doit montrer. Faire croire qu’on a toutes les réponses fixe une barre impossible pour ceux qui vous regardent. « Nous luttons tous contre la peur, nous traversons tous des épisodes de déprime, nous nous demandons tous si nous sommes à la hauteur. » Reconnaître sa différence et l’assumer, dit-elle, est la source de sa force.

Il est difficile d’imaginer devenir ce qu’on ne voit pas. Grande, noire, elle ne s’est jamais vue en couverture des magazines, et elle sait ce que cela pèse : on finit par croire que son histoire ne compte pas. Ceux qui sont « les seuls dans la pièce » doivent donc venir tels qu’ils sont, parce qu’une petite fille, quelque part, peut se reconnaître en eux.

Les jeunes et la table de cuisine

Michelle Obama s’inquiète pour une génération marquée par l’isolement du confinement et très dépendante des réseaux sociaux. Mais les enfants, comme les adultes, veulent d’abord être vus. Les mots qu’on leur adresse comptent, car leur estime de soi commence là. C’est pour cela qu’elle a ouvert les portes de la Maison Blanche à tant d’enfants.

Beaucoup de premières lectrices lui disent ne pas avoir d’amies, faute de temps. Elle parle de sa « table de cuisine », celle de l’appartement familial d’Euclid Avenue, dans le South Side de Chicago, où l’on réglait tous les problèmes pendant que sa mère cuisinait. Avoir un lieu où l’on peut ôter son masque n’a rien de futile ; l’amitié demande d’être entretenue, sur la durée.

« When they go low, we go high »

Leïla Slimani l’interroge sur sa formule de 2016, alors que certains militants pensent qu’il faut des méthodes plus radicales. Michelle Obama répond qu’un slogan ne vaut rien sans action. Prendre de la hauteur ne veut pas dire accepter l’injustice : c’est transformer la colère en plan, avec une stratégie. Elle cite John Lewis, pour qui la liberté est un acte, pas un état. La Marche sur Washington n’était que la cerise sur le gâteau, après des années de boycotts et de travail sur les lois. La question à se poser : est-ce que mon action va ouvrir les esprits, ou seulement faire peur ?

Écrire est aussi une façon d’élargir le récit de ce que signifie être américain. Son livre n’est pas un mode d’emploi, précise-t-elle, mais un aperçu de sa « boîte à outils », pour lancer la conversation.

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