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Cheikha Hind bint Salman Al Khalifa, une vie au service de Bahreïn

08/11/2026 · 5 min de lecture

Son Excellence Cheikha Hind bint Salman Al Khalifa préside la Fédération internationale des femmes d'affaires et professionnelles de Bahreïn (BPW Bahreïn), branche locale d'un réseau fondé il y a plus de 90 ans et aujourd'hui présent dans plus d'une centaine de pays. Dans un long entretien accordé à Roqayyah Alaaraj pour l'émission FemTalks, publié en mai 2026, elle revient sur son parcours et donne aux jeunes femmes quelques conseils simples : être patientes, ne pas craindre l'échec et continuer d'avancer.

Muharraq et la maison familiale

Tout a commencé à Muharraq. Cheikha Hind a grandi dans une famille élargie : ses oncles, leurs épouses et leurs enfants vivaient tous ensemble, dans ce que les Bahreïniens appellent le beit al-oud, la maison des ancêtres. Les soirées, les fêtes et toutes les autres occasions réunissaient la famille. Elle explique que cela a forgé son caractère et lui a donné un sentiment d'appartenance qui dure encore aujourd'hui. Elle a beaucoup appris de sa mère et de sa grand-mère, et a grandi avec l'habitude du bénévolat.

Petite fille, elle a vu ses frères partir en pension et a attendu son tour. Après le lycée, elle a réclamé le même droit aux études. Elle a étudié l'anthropologie à l'Université américaine de Beyrouth. Vivre parmi des personnes d'autres cultures et d'autres religions lui a appris à accepter les autres sans renoncer à sa propre identité, dit-elle. Elle parle arabe, anglais et français.

La famille d'abord, le travail ensuite

À la naissance de ses enfants, elle a mis sa carrière entre parenthèses. Pour elle, la maternité n'est pas une raison d'arrêter de travailler, mais une question de priorités : une mère peut s'éloigner un temps, et les occasions reviennent. Ses propres enfants ont commencé à travailler jeunes, à travers leurs loisirs ou le bénévolat, pour découvrir ce qui leur plaisait.

La recherche et le ministère

Elle a ensuite travaillé dans la recherche, puis au ministère du Travail et des Affaires sociales. Un dossier l'a marquée. Des enfants nés de parents inconnus, élevés en familles d'accueil, n'avaient pas de passeport. Elle a trouvé une disposition légale qui permettait de leur en délivrer, et le ministère a organisé leur premier voyage à l'étranger, avec leurs encadrants.

BPW Bahreïn, un lieu pour lancer son entreprise

BPW Bahreïn a été fondée en décembre 2012 et a rejoint la fédération internationale en 2013. Ses membres ne sont pas seulement des cheffes d'entreprise : on y trouve aussi des médecins, des ingénieures, des avocates et des banquières. Pour Cheikha Hind, le moyen le plus rapide de donner à quelqu'un les moyens d'agir est de lui offrir le bon environnement. C'est l'idée des incubateurs économiques de la fédération, qu'elle supervise directement. Ils offrent aux femmes, et aussi aux hommes, un espace pour faire vivre leur activité, avec des formations, un moyen de commercialiser leurs produits, des places dans des salons et des contacts avec des entreprises en quête de nouveautés.

Elle raconte une histoire avec une fierté évidente. La créatrice de bijoux égyptienne Azza Fahmy, grande admiratrice de l'or bahreïnien, a animé avec BPW Bahreïn un atelier de création de bijoux en or et d'orfèvrerie, pour des stagiaires de tous horizons. L'une d'elles, Aisha Abdulmalik, a eu l'énergie d'aller plus loin et possède aujourd'hui sa propre marque. Le soutien ne suffit pas, souligne Cheikha Hind. Il faut de la passion et de la persévérance.

Les membres fondatrices élisent leur conseil d'administration tous les deux ans. Toute autre personne peut rejoindre la fédération comme « Amie » et participer à ses ateliers, à ses séminaires et à ses visites de terrain, dans des universités par exemple. Les derniers séminaires portaient sur l'IA et l'informatique.

Une culture du don

Cheikha Hind voudrait que donner à la communauté devienne une habitude pour chaque Bahreïnien. « Nous devons construire une culture de la philanthropie à Bahreïn », dit-elle. Selon elle, chaque composante de la société, y compris les grandes et les petites entreprises, a un rôle à jouer dans le développement de la communauté. Son action porte sur l'éducation des enfants, l'aide aux familles vulnérables et l'artisanat traditionnel. L'artisanat ne peut pas rester figé dans les méthodes anciennes, estime-t-elle. Il lui faut une touche contemporaine pour survivre.

Conseils à la jeune génération

Beaucoup de jeunes veulent réussir vite. Sa réponse : la patience. Les raccourcis, dit-elle, ne donnent pas au travail sa vraie profondeur. Chaque emploi doit être une étape vers le suivant, et non une destination finale. Hésiter n'aide pas à avancer plus vite, et l'échec n'est pas la fin du chemin. « L'échec, c'est apprendre. » Si une idée ne marche pas, on la retravaille.

Elle s'inquiète aussi des écrans. La technologie est utile, mais les jeunes qui ne vivent qu'à travers elle perdent le contact avec les autres. Elle souhaite un équilibre entre la technologie et de vrais contacts humains, dès l'école maternelle, où les enfants apprennent par le jeu et l'échange.

Aux femmes tiraillées entre leur carrière et leur vie de famille, elle recommande la patience, et le soutien d'amis qui savent aider sans s'imposer.

Des droits acquis, d'autres à conquérir

Cheikha Hind a vu les Bahreïniennes obtenir le droit de vote et le droit de se présenter aux élections après la Charte d'action nationale. Elle cite aussi la loi sur la famille, adoptée grâce au Conseil suprême pour les femmes, présidé par Son Altesse Royale la princesse Sabeeka bint Ibrahim Al Khalifa. Son propre travail s'inscrit dans la Vision économique 2030 de Bahreïn, qui vise à bâtir une économie diversifiée, fondée sur la connaissance.

Certains demandent ce que les femmes pourraient vouloir de plus, maintenant qu'elles ont des droits. Sa réponse : les acquis sont réels, mais ils ne suffisent pas. Les postes de direction et l'égalité des chances sont sur la table, sans être encore atteints. L'ambition pousse les femmes à demander davantage, et c'est leur droit.

Elle conclut par une image. La génération précédente portait un flambeau et l'a transmis. C'est maintenant à la génération suivante de le porter.

[Vidéo YouTube rm0AiAOgM7o en fin d'article, crédit : © Video: FemTalks / ROQ Production]

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