Taraji P. Henson est connue pour Cookie Lyon, l’héroïne flamboyante de la série Empire. Depuis 2018, elle mène aussi un autre travail, moins visible : la Boris Lawrence Henson Foundation, une association qui aide les communautés noires et sous-représentées des États-Unis à parler de santé mentale et à trouver une aide adaptée.
Un nom, celui de son père
La fondation porte le nom de Boris Lawrence Henson, le père de l’actrice. Vétéran de la guerre du Vietnam, il est rentré au pays avec des troubles psychiques pour lesquels il n’a jamais reçu d’aide réelle. Taraji P. Henson a souvent raconté combien ce silence avait pesé sur sa famille, et combien il reste courant dans la communauté afro-américaine, où consulter un psychologue est longtemps passé pour un aveu de faiblesse.
Elle crée la fondation en 2018 avec Tracie Jade Jenkins, qui en devient la directrice. L’objectif affiché est double : faire reculer la stigmatisation qui entoure les troubles psychiques chez les Noirs américains, et rendre la thérapie accessible à des personnes qui n’y ont souvent pas accès, faute d’argent, de praticiens disponibles ou de thérapeutes qui comprennent leur réalité.
Trouver un thérapeute qui vous ressemble
Cette dernière idée est au cœur du projet. La fondation parle de soins « culturellement adaptés » : un patient doit pouvoir expliquer ce qu’il vit, y compris le racisme ordinaire, sans avoir à tout justifier. Elle tient pour cela un répertoire de thérapeutes, baptisé Let’s Talk!, et finance des bourses pour des étudiants qui se destinent aux métiers de la santé mentale, afin qu’il y ait à terme plus de professionnels issus de ces communautés.
Au printemps 2020, quand la pandémie de Covid-19 frappe très durement les quartiers noirs des grandes villes américaines, la fondation lance une campagne de thérapie gratuite en ligne. Le principe est simple : jusqu’à cinq séances prises en charge avec un clinicien de son réseau, dans la limite des fonds disponibles. Les inscriptions ouvrent le 15 avril 2020. La demande est telle que l’actrice raconte, dans la presse, qu’il a fallu couper le serveur.
Les écoles et les universités
La fondation s’est ensuite tournée vers les jeunes. En 2023, avec la Kate Spade Foundation, elle installe sur des campus d’universités historiquement noires (les HBCU) des « She Care Wellness Pods » : des espaces où les étudiantes peuvent consulter un thérapeute, suivre des ateliers ou simplement s’isoler au calme. Dans les écoles, elle propose le Take A Minute Challenge, un programme de trente jours qui ménage chaque jour trois minutes consacrées au bien-être des élèves. En juin 2026, l’association détaillait sur son site ce travail mené dans les établissements du comté de Prince George’s, dans le Maryland.
Chaque automne, elle organise aussi Can We Talk?, un rendez-vous qui mêle arts et santé mentale. La cinquième édition s’est tenue en octobre 2025 autour de la Journée mondiale de la santé mentale, en partenariat avec le comté de Prince George’s.
Une actrice qui a appris à ne pas se taire
Née à Washington en 1970, diplômée de l’université Howard, Taraji P. Henson a mis du temps à s’imposer à Hollywood. Elle se fait remarquer dans Baby Boy de John Singleton en 2001, puis dans Hustle & Flow en 2005. Son rôle de mère adoptive dans L’Étrange Histoire de Benjamin Button lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Viennent ensuite Empire, qui lui rapporte un Golden Globe en 2016, la mathématicienne Katherine Johnson dans Les Figures de l’ombre, et Shug Avery dans la nouvelle version de La Couleur pourpre en 2023.
Ce qui frappe, c’est qu’elle a choisi d’exposer sa propre fragilité plutôt que de se contenter de prêter son nom. Elle a parlé publiquement de ses périodes d’anxiété et de dépression, et de la difficulté à trouver un thérapeute qui comprenne vraiment son vécu. Ce récit à la première personne sert la cause : quand une star raconte qu’elle consulte, le sujet devient un peu moins honteux pour les autres.
Un travail de fond
L’AARP, la grande association américaine des plus de cinquante ans, lui a aussi remis un Purpose Prize honorifique pour son action en faveur de la santé mentale dans les communautés marginalisées. La distinction reconnaît un travail qui n’a rien de spectaculaire : des séances payées une à une, des espaces calmes sur des campus, trois minutes par jour dans une salle de classe.
Huit ans après sa création, la fondation reste modeste par la taille mais claire dans son propos. Elle ne promet pas de régler la crise de la santé mentale aux États-Unis. Elle cherche à faire en sorte qu’une personne noire qui va mal sache où frapper, et qu’elle ose le faire. C’est précisément ce qui avait manqué à Boris Lawrence Henson.
© Photo : Philip Romano - CC BY-SA 4.0 (recadrée)