Le 8 octobre 2026, à 17 h 34, heure de Paris, une capsule Crew Dragon a touché l’océan Pacifique au large de la Californie. À l’intérieur, Sophie Adenot rentrait de 235 jours passés à bord de la Station spatiale internationale. Aucun astronaute européen, homme ou femme, n’était resté aussi longtemps en orbite d’une seule traite.
Elle n’était pas seule dans la capsule. Ses trois coéquipiers de la mission Crew-12 étaient sanglés à côté d’elle : l’Américaine Jessica Meir, commandante de bord, l’Américain Jack Hathaway et le Russe Andreï Fediaïev. Le navire MV Shannon a hissé la capsule à son bord, puis l’équipage a été conduit en hélicoptère jusqu’à la terre ferme. « Nous sommes très heureux d’être de retour sur Terre après une mission incroyable », a déclaré Jessica Meir. Le retour, d’abord prévu le 5 octobre, avait été repoussé deux fois.
Huit mois à 400 kilomètres
Partie de Cap Canaveral le 13 février 2026, Sophie Adenot avait rejoint l’ISS le lendemain. Elle avait elle-même baptisé sa mission « Epsilon » (nous vous racontions son départ en janvier). Pendant près de huit mois, à environ 400 kilomètres au-dessus de nos têtes, elle a enchaîné les expériences scientifiques et les tâches d’entretien qui font tourner la station.
Le moment fort est arrivé tard. En deux semaines, elle a effectué trois sorties extravéhiculaires. Jamais une Française n’était sortie dans le vide spatial. Elle y a passé 19 heures et 42 minutes en tout, plus qu’aucune autre Européenne. Lors d’une conférence donnée depuis la station, elle n’a pas hésité : « Sans aucun doute, pour moi, les sorties extravéhiculaires resteront le point culminant de cette mission. »
Avant de partir, dans une vidéo publiée sur Instagram, elle avouait quand même une « pointe de nostalgie » à l’idée de quitter le laboratoire orbital. Huit mois, c’est le temps de s’attacher à un endroit, même à celui-là.
Une pilote qui avait d’abord échoué
Sophie Adenot est née le 5 juillet 1982 à Cosne-Cours-sur-Loire, dans la Nièvre. Ingénieure diplômée de l’ISAE-SUPAERO, à Toulouse, elle obtient en 2004 un master en ingénierie des facteurs humains au MIT, aux États-Unis, puis travaille un an chez Airbus Helicopters, à Marignane, sur la conception de cockpits.
En 2005, elle entre dans l’armée de l’air pour piloter des hélicoptères. Elle passe quatre ans dans un escadron de recherche et de sauvetage à Cazaux, puis cinq ans comme commandante de bord à l’escadron de transport des autorités gouvernementales, à Villacoublay. En 2018, elle sort diplômée de l’Empire Test Pilots’ School, au Royaume-Uni, et devient la première femme pilote d’essai d’hélicoptères en France. Elle compte plus de 3 000 heures de vol sur une vingtaine d’appareils différents.
Sa première candidature pour devenir astronaute, en 2008, n’avait pas abouti. Elle a raconté depuis qu’elle manquait alors de confiance en elle. Elle a retenté sa chance en 2022. Le 23 novembre de cette année-là, l’Agence spatiale européenne l’a retenue parmi plus de 22 500 candidats. Brevet d’astronaute en poche en avril 2024, elle a été désignée un mois plus tard pour voler la première de sa promotion.
Trente ans après Claudie Haigneré
Avant elle, une seule Française était allée dans l’espace : Claudie Haigneré, en 1996 puis en 2001. Il aura fallu attendre trente ans pour qu’une deuxième prenne le relais. C’est long. Assez long pour que les petites filles qui rêvaient d’étoiles dans les années 1990 aient eu le temps de grandir, de choisir un autre métier et d’avoir à leur tour des enfants. Ce retour-là compte donc un peu plus que les autres.
Réapprendre la pesanteur
Pour un astronaute, le plus dur commence parfois à l’arrivée. Après huit mois en apesanteur, les muscles et les os se sont affaiblis, et il faut réapprendre à tenir debout sans y penser. Après les premiers examens médicaux à Houston, Sophie Adenot a rejoint l’Europe à bord d’un A330 MRTT Phénix de l’armée de l’air et de l’espace, venu de la base d’Istres. Elle suit un programme de récupération d’environ trois semaines au centre des astronautes de l’ESA, à Cologne.
Viendra ensuite le temps des rencontres, des écoles et des questions qu’on lui posera partout. Pour les jeunes filles qui l’écouteront, le détail le plus utile de son parcours n’est peut-être pas l’espace. C’est qu’elle a échoué une première fois, et qu’elle a recommencé.
© Photo : NASA Johnson Space Center / Helen Arase Vargas (NASA-JSC) - domaine public