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Navi Pillay, prix Nobel de la paix 2026 : la juge qui a fait reconnaître le viol comme crime de génocide

20/10/2026 · 5 min de lecture

Navi Pillay, prix Nobel de la paix 2026 : la juge qui a fait reconnaître le viol comme crime de génocide

Le 9 octobre 2026, le comité Nobel norvégien a attribué le prix Nobel de la paix à Navanethem « Navi » Pillay, juriste sud-africaine de 85 ans, « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international ». Elle est la première Sud-Africaine à le recevoir. Quand on l’a prévenue, elle a d’abord cru à une blague.

Ce jour-là, elle se trouvait au palais de justice de Nuremberg, en Allemagne, là où les dirigeants nazis avaient été jugés après la guerre. Difficile de trouver un endroit plus juste pour apprendre la nouvelle. Elle a dédié son prix « à toutes les survivantes et à tous les survivants des crimes internationaux ».

Le comité a expliqué son choix sans détour : le droit international « n’est plus un simple complément de la paix et de la sécurité. C’est une nécessité absolue ». Son président, Jørgen Watne Frydnes, a ajouté que ce système était « sous une pression énorme » et que ses institutions étaient « attaquées ».

Petite-fille de travailleurs sous contrat

Navanethem Naidoo est née le 23 septembre 1941 à Durban, dans la province du Natal, dans une famille d’origine tamoule. Ses grands-parents étaient venus d’Inde comme travailleurs sous contrat, ces ouvriers engagés pour des années dans les plantations de l’Empire britannique.

Elle étudie le droit à l’université du Natal, puis ouvre son propre cabinet en 1967, en plein apartheid. Aucune femme non blanche ne l’avait fait avant elle dans la province. Elle défend des militants anti-apartheid et obtient en 1973 que les prisonniers de Robben Island, Nelson Mandela compris, puissent voir leurs avocats.

Elle part ensuite à Harvard, où elle obtient un master puis, en 1988, un doctorat en droit, une première pour un ou une Sud-Africaine. En 1992, elle cofonde Equality Now, une organisation internationale de défense des droits des femmes. Pendant la transition démocratique, elle se bat pour qu’une clause d’égalité figure dans la nouvelle Constitution. En 1995, elle devient la première femme non blanche nommée juge à la Haute Cour d’Afrique du Sud.

Arusha, 1998

Elle n’y reste pas longtemps. La même année, les Nations unies l’appellent au Tribunal pénal international pour le Rwanda, créé après le génocide des Tutsi. Elle y siégera jusqu’en 2003, dont quatre ans comme présidente.

C’est là que se joue la décision qui a fait sa réputation. En 1998, dans l’affaire Jean-Paul Akayesu, ancien bourgmestre de la commune de Taba, le tribunal reconnaît pour la première fois que le viol et les violences sexuelles peuvent constituer un génocide et un crime contre l’humanité. Jusque-là, les viols de guerre étaient trop souvent traités comme un malheur inévitable des conflits. Après Akayesu, ils sont devenus des crimes que l’on peut juger au plus haut niveau. Le comité Nobel a cité ce travail parmi les raisons de son choix. Pour un site consacré aux femmes, c’est sans doute la ligne la plus importante de son parcours.

De La Haye à Genève

Elle rejoint ensuite la chambre d’appel de la Cour pénale internationale, de 2003 à 2008, puis devient haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, de 2008 à 2014. Depuis 2019, elle est aussi juge ad hoc à la Cour internationale de justice dans l’affaire qui oppose la Gambie à la Birmanie, accusée de génocide contre les Rohingyas.

Un prix qui divise

Jusqu’en novembre 2025, elle a présidé la commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU sur le Territoire palestinien occupé, créée en 2021. En juin 2024, la commission avait conclu à des crimes de guerre commis à la fois par le Hamas et par Israël. En septembre 2025, elle a estimé qu’Israël avait commis un génocide à Gaza. Israël avait qualifié ce rapport de « scandaleux ».

Les réactions au prix ont suivi la même ligne de fracture. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, y a vu un hommage à celles et ceux qui défendent le droit international et les droits humains. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a salué « un hommage profond » à son courage et à son intégrité. Le ministère israélien des Affaires étrangères a dénoncé une « instrumentalisation grotesque » du prix, et Benjamin Netanyahou a estimé que le comité avait « perdu sa boussole morale ». À Washington, Donald Trump a jugé que le comité avait « rabaissé » le prix, et le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé de nouvelles sanctions contre la Cour pénale internationale.

Navi Pillay a répondu avec humour. « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être ce prix avec Trump », a-t-elle lancé à l’assistance. Puis, plus sérieusement : « Nous vivons une époque où le droit international et les droits humains subissent de fortes attaques politiques. »

Rendez-vous à Oslo le 10 décembre

Le prix, doté de 12 millions de couronnes suédoises, lui sera remis à Oslo le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel. Elle est la cinquième personnalité sud-africaine récompensée, après Albert Lutuli, Desmond Tutu, Frederik de Klerk et Nelson Mandela.

À 85 ans, elle siège toujours à La Haye. La petite-fille d’ouvriers des plantations du Natal aura passé sa vie à défendre une idée simple : les crimes les plus graves doivent avoir des juges, et les femmes qui les ont subis doivent être entendues.

© Photo : US Mission Geneva - domaine public

Sources

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