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Mary E. Brunkow : décoder le gène FOXP3 et percer la tolérance immunitaire

12/01/2026 · 4 min de lecture

Mary E. Brunkow : décoder le gène FOXP3 et percer la tolérance immunitaire

Le chemin de Mary E. Brunkow vers la reconnaissance internationale a commencé par une fascination pour la génétique. Dans un entretien, elle a expliqué qu'étudiante à l'université de Washington, elle « avait toujours aimé les sciences à l'école » et que la génétique avait captivé son imagination par ses règles logiques et sa capacité à expliquer les traits visibles.

Un projet de recherche pratique dans un laboratoire de génétique de la drosophile a réorienté sa trajectoire, d'une filière pré-médecine vers une carrière de chercheuse. Cette curiosité l'a finalement conduite chez Darwin Molecular, une start-up de biotechnologie de Seattle, où le Projet génome humain stimulait de nouvelles techniques de séquençage.

Avec l'immunologiste Fred Ramsdell, elle s'est attelée à résoudre le mystère d'une souche de souris mutantes dite « scurfy ». Décrites en 1949 par des scientifiques du laboratoire national d'Oak Ridge, ces souris présentaient une peau squameuse, des ganglions lymphatiques hypertrophiés et une mort précoce. Seuls les mâles étaient touchés, laissant supposer une mutation sur le chromosome X.

Le séquençage du chromosome X des souris scurfy fut ardu : les chercheurs ont réduit la mutation à une région ne contenant que 20 gènes, puis comparé minutieusement chaque gène chez les souris saines et mutantes. Dans le 20e gène examiné, l'équipe de Brunkow a trouvé deux lettres d'ADN supplémentaires qui perturbaient un gène jusque-là inconnu, qu'ils ont nommé FOXP3.

Ils ont montré que cette mutation produisait une protéine non fonctionnelle et provoquait le trouble lymphoprolifératif mortel des souris. Des travaux ultérieurs ont révélé que les mutations du gène humain FOXP3 causent le syndrome IPEX (dysrégulation immunitaire, polyendocrinopathie, entéropathie, lié à l'X), reliant les découvertes chez la souris à la maladie humaine.

FOXP3 appartient à une famille de gènes codant des protéines capables de se lier à l'ADN et de réguler d'autres gènes. Brunkow, Ramsdell et leurs collaborateurs ont publié plusieurs articles fondateurs dans Nature Genetics en 2001, démontrant que FOXP3 est essentiel au développement des lymphocytes T régulateurs — des cellules immunitaires spécialisées qui empêchent notre système immunitaire d'attaquer notre propre corps.

Le 6 octobre 2025, l'Assemblée Nobel de l'Institut Karolinska a décerné à Mary Brunkow, Fred Ramsdell et Shimon Sakaguchi le prix Nobel de physiologie ou médecine pour « leurs découvertes concernant la tolérance immunitaire périphérique ».

Le communiqué du Nobel a souligné que les lauréats avaient identifié les « gardiens de la sécurité » du système immunitaire, les lymphocytes T régulateurs, qui veillent à ce que les cellules immunitaires n'attaquent pas nos propres tissus. La découverte de Brunkow et Ramsdell en 2001 a expliqué pourquoi une souche de souris était vulnérable aux maladies auto-immunes : les mutations du gène nouvellement baptisé Foxp3 les rendaient sensibles. Chez l'humain, les mutations de FOXP3 causent le grave syndrome IPEX, offrant une explication génétique à un trouble jusque-là mystérieux.

Leurs travaux ont fondé le champ de la tolérance immunitaire périphérique et catalysé la recherche de thérapies contre les maladies auto-immunes, le cancer et le rejet de greffe. On sait désormais que les tumeurs détournent souvent les lymphocytes T régulateurs pour échapper au système immunitaire ; des essais cliniques explorent des moyens de cibler ces cellules pour améliorer la transplantation d'organes et traiter des maladies comme la polyarthrite rhumatoïde et les maladies inflammatoires de l'intestin.

Bien que le Nobel ait récompensé des recherches menées des décennies plus tôt, cette distinction a propulsé Brunkow sur le devant de la scène et mis en lumière l'actualité de sa découverte. Dans un entretien de janvier 2026, elle a confié que le prix avait apporté « deux mois de pur chaos », submergée de félicitations et de sollicitations médiatiques. Les messages de personnes atteintes de maladies auto-immunes ont souligné l'impact humain de ces travaux.

Mary Brunkow est aujourd'hui responsable de programme senior à l'Institut de biologie des systèmes de Seattle, où elle continue de soutenir la recherche de pointe. Elle défend aussi ardemment la communication scientifique, convaincue que de bons vulgarisateurs sont essentiels pour toucher au-delà des spécialistes et inspirer les élèves en reliant les leçons aux applications concrètes.

Le parcours de Mary Brunkow, d'étudiante curieuse à lauréate du Nobel, illustre la force de la persévérance et de la recherche fondamentale. Sa découverte du gène FOXP3 n'a pas seulement expliqué une mutation mortelle chez la souris : elle a fourni la clé moléculaire pour comprendre les lymphocytes T régulateurs, refondant l'immunologie.

Les avancées sur la tolérance immunitaire périphérique se traduisent en thérapies contre les maladies auto-immunes et le cancer, porteuses d'espoir pour des millions de patients. L'engagement de Brunkow envers la science et son plaidoyer pour l'éducation et la communication en font un modèle pour les scientifiques en herbe. À mesure que la recherche s'appuie sur ses travaux, son héritage continuera d'influencer la médecine et l'immunologie pour les décennies à venir.

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