Actrice, réalisatrice, productrice, deux fois oscarisée : Jodie Foster est l’une des femmes les plus influentes de Hollywood. Dans cet entretien en français, elle revient sur son enfance devant les caméras, sur les rôles qu’elle a choisis et sur la façon dont elle a protégé sa vie privée.
Une enfance au cinéma
Si les Français l’aiment, plaisante-t-elle, c’est peut-être simplement parce qu’elle parle leur langue. Elle l’a apprise à 9 ans au Lycée français de Los Angeles. Sa mère, qui élevait seule ses quatre enfants, était francophile et cinéphile : elle venait la chercher à l’école pour l’emmener voir des films italiens, allemands, ceux de la Nouvelle Vague. Jodie Foster a commencé à travailler à 3 ans, a été remarquée à 12 ans dans Taxi Driver, mais affirme qu’elle ne serait jamais devenue actrice sans l’insistance de sa mère : son premier amour, c’étaient les mots et les livres.
Des rôles de vraies personnes
Sa prise de pouvoir est passée par des rôles jusque-là réservés aux hommes, comme l’agente du FBI du Silence des agneaux. À l’époque, beaucoup de rôles féminins se résumaient à « la femme de » ou « la sœur de » ; elle est fière d’avoir joué des personnages complexes. Elle a longtemps refusé de jouer une autre enquêtrice après Clarice Starling, avant d’accepter, dans la quatrième saison de True Detective, une cheffe de police d’Alaska « corrompue, méchante, raciste ». Elle note qu’elle a travaillé avec très peu de réalisatrices, mais avec trois en dix ans : « Nous représentons quand même la moitié de la population. »
Elle a voulu réaliser dès l’enfance, en découvrant qu’un acteur pouvait mettre en scène l’épisode d’une série où elle jouait, et a fondé sa société de production avant 30 ans.
Protéger sa vie
Elle dit avoir connu, comme toutes les femmes, des « micro-agressions », mais décrit le monde du cinéma de son enfance comme fait de « pères et de frères » qui voulaient la protéger. Elle a toujours tenu à distance sa vie personnelle, qu’elle juge sacrée, et a élevé ses deux enfants loin du star-système. À 61 ans, après 58 ans de carrière, elle parle d’outils de survie : la célébrité fait partie de son travail, « mais ce n’est pas la vraie vie ».