Hannah Waddingham est une actrice et chanteuse britannique. Longtemps admirée sur scène avant de devenir un visage familier du petit écran, elle incarne aujourd’hui Judith Burton dans Ride or Die, la comédie d’action mise en ligne le 15 juillet 2026 sur Prime Video.
Dans la trajectoire de Hannah Waddingham, il y a quelque chose de particulièrement réjouissant : la célébrité n’est pas arrivée comme un coup de projecteur précoce, mais comme une reconnaissance tardive, ample, presque évidente. Avant d’être Rebecca Welton dans Ted Lasso, avant les tapis rouges américains et les cérémonies mondiales, elle a bâti son métier dans la discipline du chant, du théâtre musical et des seconds rôles qui demandent autant de précision que de patience.
Née à Wandsworth, au sud-ouest de Londres, Waddingham a grandi dans une famille où la voix occupait une place centrale. Ses grands-parents maternels étaient chanteurs d’opéra, et sa mère, Melodie Kelly, a chanté pendant vingt-sept ans avec l’English National Opera. Ce contexte n’explique pas tout, mais il donne une clé : chez elle, la présence scénique n’a rien d’un effet ajouté. Elle semble venir d’un savoir ancien, d’un rapport au souffle, à l’espace et à l’écoute.
Une formation par la scène
Avant que la télévision ne la rende célèbre auprès d’un public international, Hannah Waddingham était déjà une figure reconnue du théâtre musical britannique. Le West End lui a offert des rôles exigeants, où il faut tenir ensemble la comédie, la musicalité et l’autorité. Ses nominations aux Laurence Olivier Awards pour Spamalot, A Little Night Music et Kiss Me, Kate disent beaucoup de cette première partie de carrière : elle n’était pas encore partout à l’écran, mais les scènes londoniennes savaient déjà ce qu’elles tenaient.
Cette expérience a façonné son jeu. Waddingham possède une manière rare d’entrer dans une scène avec aplomb sans l’écraser. Elle peut être grandiose, puis soudain très fine ; comique dans le port de tête, émouvante dans un silence. C’est l’un des paradoxes les plus féconds de son travail : une présence imposante, mais jamais paresseuse ; une virtuosité vocale, mais au service du personnage plutôt que de la démonstration.
Ses apparitions dans des séries populaires ont ensuite élargi son public. Dans Game of Thrones, elle a marqué les spectateurs en Septa Unella, figure austère et mémorable. Dans Sex Education, elle a montré une autre facette, plus contemporaine, plus sèchement drôle. Ces rôles n’avaient pas tous la même ampleur, mais chacun ajoutait une pièce au portrait d’une interprète capable de passer d’un univers à l’autre sans perdre sa singularité.
Rebecca Welton, un tournant
Le grand basculement arrive avec Ted Lasso, la série d’Apple TV+ dans laquelle elle joue Rebecca Welton, propriétaire de l’AFC Richmond. Le rôle aurait pu rester celui d’une femme froide, riche, stratège. Waddingham en fait autre chose : une personne blessée qui réapprend la confiance, une dirigeante dont la dureté apparente masque une vie intérieure plus incertaine, plus généreuse, plus drôle aussi.
En 2021, son interprétation lui vaut le Primetime Emmy Award de la meilleure actrice dans un second rôle dans une série comique. Le prix a une résonance particulière : il récompense moins une performance isolée qu’une carrière déjà longue, souvent construite loin des récits de réussite immédiate. À l’écran, Rebecca Welton devient l’un de ces personnages qui permettent à une actrice de montrer toute son amplitude : le sens du rythme, la gravité, la musicalité, l’élégance, mais aussi une forme de vulnérabilité assumée.
Après Ted Lasso, Waddingham n’est plus seulement connue des amateurs de théâtre ou des téléspectateurs attentifs. Elle devient une personnalité publique capable de circuler entre fiction, musique et présentation. En 2023, elle fait partie de l’équipe de présentation du Eurovision Song Contest à Liverpool, aux côtés notamment de Julia Sanina, Alesha Dixon et Graham Norton pour la finale. Là encore, elle séduit par une qualité très précise : une chaleur qui ne sacrifie ni la rigueur ni le panache.
Ride or Die, une héroïne d’action à sa mesure
Son projet actuel, Ride or Die, s’inscrit dans cette dynamique. La série suit deux meilleures amies, Debbie, interprétée par Octavia Spencer, et Judith, jouée par Hannah Waddingham. Elles croyaient tout savoir l’une de l’autre ; jusqu’à ce que Judith se révèle être une tueuse internationale. Lorsque le passé de cette dernière resurgit et qu’une mission tourne mal, les deux femmes se retrouvent en fuite.
Le point de départ relève de la comédie d’action, avec son lot de secrets, de poursuites et de renversements. Mais l’intérêt du projet tient aussi à son duo central. Voir Octavia Spencer et Hannah Waddingham porter ensemble une série de ce genre a quelque chose de rafraîchissant, parce que le récit ne les place pas en marge de l’action. Elles ne commentent pas l’aventure depuis le bord du cadre : elles la mènent.
Pour Waddingham, Judith Burton prolonge et déplace ce que le public aime déjà chez elle. On y retrouve l’allure, la précision comique, la capacité à passer d’un registre à l’autre. Mais le personnage lui offre aussi une physicalité plus directe, un terrain de jeu où l’élégance peut cohabiter avec le danger, où l’ironie peut surgir au milieu du chaos. La série arrive à un moment où l’industrie semble enfin plus disposée à confier à des femmes de maturité des rôles d’action qui ne soient ni des exceptions ni des clins d’œil.
Ce n’est pas une révolution proclamée, et c’est peut-être ce qui la rend intéressante. Ride or Die avance par le plaisir du genre, par la complicité entre deux actrices, par l’idée simple que l’aventure n’a pas d’âge unique. Hannah Waddingham y trouve un espace cohérent avec le reste de son parcours : un endroit où l’expérience devient une force visible, où la maîtrise accumulée au théâtre, à la télévision et dans la musique nourrit un personnage qui occupe pleinement la scène.
Son parcours rappelle qu’une carrière peut prendre de l’ampleur après des années de travail resté dans l’ombre. Chez elle, le charisme tient moins à la notoriété qu’à une façon précise de tenir une scène. Avec Ride or Die, Waddingham élargit son terrain sans renier ce qui l’a construite : le théâtre, le chant, la patience.