Le 5 novembre, à Beverly Hills, Hannah Waddingham recevra le Crystal Award for Advocacy in TV lors du gala annuel de Women in Film. L’association américaine, qui défend la place des femmes dans l’industrie audiovisuelle, récompense une actrice que le grand public a découverte tard, avec Ted Lasso, mais qui avait déjà derrière elle plus de vingt ans de scène.
Un prix pour l’engagement
L’annonce a été faite le 19 octobre par le magazine Variety. Pour Kirsten Schaffer, directrice générale de Women in Film, le parcours de l’actrice « reflète l’esprit » de cette distinction. Elle cite le rôle de Rebecca Welton, propriétaire d’un club de football qui se bat pour être prise au sérieux dans un monde d’hommes, et y voit un écho des obstacles que les femmes rencontrent encore dans le divertissement. Hors écran, ajoute-t-elle, Hannah Waddingham se sert de sa notoriété pour défendre l’égalité entre les femmes et les hommes.
Le gala se tiendra au Beverly Hilton. C’est la principale levée de fonds de l’année pour l’association, qui finance avec elle ses programmes de recherche, de plaidoyer et d’accompagnement des carrières. Salma Hayek Pinault y recevra le prix humanitaire Jane Fonda, remis par Jane Fonda elle-même. Gemma Chan et la réalisatrice Beth de Araújo seront distinguées pour le film Josephine.
Une enfance entre opéra et coulisses
Hannah Waddingham est née le 28 juillet 1974 à Wandsworth, dans le sud de Londres. Elle a grandi dans la musique : sa mère, chanteuse lyrique, est entrée à l’English National Opera quand sa fille avait huit ans. Après une formation à l’Academy of Live and Recorded Arts, elle fait ses débuts dans le West End en 1998, dans une comédie musicale au titre improbable, Saucy Jack and the Space Vixens.
Suivent des années de travail patient. En 2000, elle joue Christine dans The Beautiful Game, d’Andrew Lloyd Webber. En 2006, elle devient la Dame du Lac dans Spamalot, la comédie musicale tirée des Monty Python. Le rôle lui vaut une première nomination aux Olivier Awards et l’emmène à Broadway en 2008. Viennent ensuite Desirée dans A Little Night Music de Stephen Sondheim, la Sorcière d’Into the Woods au théâtre en plein air de Regent’s Park, la Méchante Sorcière de l’Ouest dans Le Magicien d’Oz au London Palladium, puis Kiss Me, Kate à Chichester et au Old Vic. Au total, trois nominations aux Olivier.
Ce long passage par la comédie musicale explique beaucoup de l’actrice qu’elle est devenue. Il faut une voix, un sens du tempo comique et une présence capable de porter jusqu’au dernier rang d’une grande salle. Il faut aussi tenir un rôle huit fois par semaine. Cette endurance, la télévision finira par la remarquer.
De « Shame! » à Rebecca Welton
À l’écran, les débuts sont discrets : un passage dans la série Coupling en 2002, puis Benidorm. En 2015 et 2016, elle incarne Septa Unella dans Game of Thrones, la religieuse qui escorte Cersei Lannister pendant sa marche d’expiation en répétant « Shame! ». Elle n’a presque pas de texte, et pourtant tout le monde se souvient d’elle. Elle joue ensuite Sofía Marchetti dans Sex Education.
Le tournant arrive en août 2020 avec Ted Lasso sur Apple TV+. Rebecca Welton aurait pu rester une méchante de comédie : une femme qui hérite d’un club de football après son divorce et recrute un entraîneur américain sans expérience dans l’espoir de couler le club auquel son ex-mari tenait tant. Waddingham en fait un personnage blessé, drôle, parfois dur, qu’on finit par aimer. Le rôle lui vaut en 2021 l’Emmy de la meilleure actrice dans un second rôle dans une série comique. Elle avait 46 ans. Elle a depuis retrouvé Rebecca pour une quatrième saison.
Une artiste difficile à ranger
En mai 2023, elle coprésente l’Eurovision à Liverpool, organisé par le Royaume-Uni au nom de l’Ukraine. Elle y passe sans effort de l’anglais au français, plaisante avec les candidats, et devient l’une des présentatrices les plus commentées de l’histoire du concours. La même année, elle anime les Olivier Awards, qu’elle présentera de nouveau en 2024, et enregistre pour Apple TV+ un spécial de Noël, Home for Christmas.
Elle sait aussi dire non. En 2023, quelques heures avant de présenter un concert des BBC Proms, elle se retire par solidarité avec la grève des acteurs américains du syndicat SAG-AFTRA. Un geste discret, mais qui annonce la dimension militante que Women in Film salue aujourd’hui.
Au cinéma, elle enchaîne les seconds rôles remarqués : The Fall Guy de David Leitch, Mission: Impossible – The Final Reckoning, The Woman in Cabin 10. En 2026, elle partage avec Octavia Spencer l’affiche de Ride or Die sur Prime Video, une série d’action comique dans laquelle elle joue une femme qui cache une vie de tueuse internationale. Le site Deadline a aussi annoncé en juillet qu’elle rejoignait Jason Statham Stole My Bike, la prochaine comédie d’action de David Leitch, tournée au Royaume-Uni et à Malte.
Une reconnaissance qui vient de loin
Le prix de Women in Film ne récompense pas une révélation. Il salue une carrière que l’industrie a mis du temps à voir, faite de salles de répétition, de tournées et de rôles secondaires joués à fond. Hannah Waddingham est arrivée à la célébrité mondiale à un âge où, pour beaucoup d’actrices, les propositions se raréfient. Qu’elle utilise aujourd’hui cette visibilité pour parler d’égalité n’a rien d’un hasard.
© Photo : Harald Krichel - CC BY-SA 4.0 (recadrée)