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Chloé Zhao : Hamnet, les danses sur le tournage et le professeur qui a changé sa vie

30/10/2026 · 5 min read

Enregistré en février 2026, avant la cérémonie des Oscars, l’entretien de Chloé Zhao avec Ben Mankiewicz ouvre la troisième saison du podcast Talking Pictures. Hamnet était alors nommé huit fois. Le 15 mars, Jessie Buckley a remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour ce film, et la réalisatrice, qui a siégé en mai au jury de Cannes présidé par Park Chan-wook, est repartie sans statuette. Pendant cette heure de conversation, elle parle surtout de ce qui l’a menée au cinéma.

Terminator 2 le dimanche à Pékin

Chloé Zhao n’a pas pensé à devenir cinéaste avant ses vingt ans. Elle voulait raconter des histoires, sur une page ou avec son corps, et s’ennuyait en classe. À Pékin, la télévision passait un film occidental par semaine, le dimanche : Terminator 2, True Lies, Ghost, Sister Act. « Je me disais : voilà donc à quoi ressemble l’autre côté du monde. »

Elle découvre ensuite Happy Together de Wong Kar-wai. L’histoire de deux hommes ne la surprend pas, les animés japonais de son enfance en sont pleins. Ce qui compte pour elle, c’est de voir réunis deux acteurs qu’elle adore.

À 15 ans, elle part pour Brighton College, en Angleterre, avec très peu d’anglais parlé. Sa première séance en Occident est un double programme, La Momie et Matrix. Elle comprend tout au premier film, rien au second, mais trouve Keanu Reeves très mignon.

M. Feinstein, Los Angeles High School

Vers 19 ans, elle choisit Los Angeles parce qu’elle a vu la ville dans les films et croit s’y sentir chez elle. La réalité, dit-elle, l’a remise à sa place « de la meilleure façon possible ». Elle vit seule à Koreatown, derrière un Sizzler, et entre à Los Angeles High School.

C’est là que se place le récit le plus fort de l’entretien, celui que Ben Mankiewicz dit ne pas avoir vu venir. M. Feinstein, professeur d’éducation civique, s’étonne tant de ce qu’elle ignore du monde qu’il la garde après chaque cours pour tout lui expliquer. Plus de dix ans plus tard, elle revient au lycée le chercher. Un autre professeur, M. Moy, lui apprend qu’il est mourant et lui donne le numéro de l’hôpital. Assise sur les marches, elle appelle, explique à son épouse qu’elle est « cette fille chinoise avec un accent britannique », et on lui passe le malade.

Il se souvient d’elle. C’était sa dernière année d’enseignement, lui dit-il, après 35 ans de carrière, et il avait perdu une partie de sa passion. Cette élève qui ne savait rien et voulait tout apprendre la lui avait rendue. Elle lui annonce qu’elle va tourner un film dans une réserve lakota et espère le lui montrer. Il meurt avant. C’est grâce à lui qu’elle a étudié la politique américaine à l’université. « Je ne serais pas là aujourd’hui sans lui. »

Une fan fiction appelée The Rider

Elle écrit de la fan fiction depuis l’âge de 12 ans et considère qu’elle n’a jamais arrêté. Pour elle, le principe est simple : on aime tant un personnage qu’on veut lui donner un autre univers où continuer son histoire. The Rider, avec le jeune cow-boy Brady Jandreau, est à ses yeux une fan fiction filmée.

Les westerns sont venus après ce film, et après des années dans le Dakota du Sud : La Rivière rouge, Jeremiah Johnson, La Poursuite infernale, Impitoyable. Les cow-boys qu’elle a rencontrés ne ressemblent pourtant pas à ceux de l’écran. Ils sont, dit-elle, passionnés et très émotifs.

Danser sur le plateau d’Hamnet

Sur Hamnet, l’équipe dansait une ou deux fois par semaine. Toutes les prises de danse, montées bout à bout, ont été projetées à la fête de fin de tournage : une trentaine de minutes. L’explication de Chloé Zhao est très concrète. L’émotion est une énergie, et une fois que les acteurs ont accepté de la sentir, il faut les aider à la faire sortir du corps, eux et les techniciens.

Le recrutement suivait la même logique, de l’assistant de production aux comédiens : on ne regardait ni le CV ni le statut, mais la capacité à être vulnérable et à accueillir la vulnérabilité des autres. Quand une scène la bouleverse, elle se donne le droit de pleurer devant tout le monde, de faire une pause et d’accepter le réconfort de Paul Mescal, de Jessie Buckley ou du photographe de plateau. La force d’une équipe, a-t-elle appris sur ce film, vient de l’interdépendance et pas de la domination.

Le scénario a suivi son propre calendrier. Maggie O’Farrell, autrice du roman et coscénariste, avait écrit une première version chronologique. Après un moment très fort partagé avec Jessie Buckley à New York, Chloé Zhao demande à reporter son Dracula, puis prend le train pour Los Angeles : quatre jours, un changement à Chicago, pas de sommeil. Elle arrive à Union Station avec la deuxième version, si épuisée qu’en attendant son Uber, elle songe à prévenir sa production qu’elle risque de s’évanouir.

Deux Oscars et un jardin

Où sont ses deux statuettes de Nomadland ? L’une est en Chine, chez son père, qui en a tiré de nombreuses fêtes. L’autre est au garde-meubles, ou peut-être chez quelqu’un de très proche. Elle n’en est pas sûre. Elle dit s’être longtemps soignée de son nomadisme avant de l’accepter, et ne s’attacher qu’aux gens.

Ben Mankiewicz lui rappelle pour finir une phrase de 2018 où elle se disait pessimiste. Elle répond que la joie venue de l’extérieur n’aura jamais pour elle la force de celle de danser au Globe. L’autre versant lui convient. Les coups durs de sa carrière l’ont fait souffrir, précise-t-elle, sans tout détruire. « Ça n’a pas tué mon jardin et ma forêt. Ça va repousser. »

© Vidéo : HBO Max / Turner Classic Movies

Sources

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