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Catherine Deneuve, à son image : l’actrice qui a contourné l’« image glacée »

30/10/2026 · 5 min read

« Beaucoup de gens qui parlent de moi dans ces termes ne m’ont pas souvent vue au cinéma. » Catherine Deneuve répondait ainsi à ceux qui lui collaient une « image glacée ». Réalisé en 2023 par Claire Laborey et diffusé sur Arte le 21 octobre, Catherine Deneuve, à son image est en ligne sur la chaîne YouTube ARTE Cinema jusqu’au 20 mars 2027. En 52 minutes d’archives, d’extraits et d’entretiens, il raconte comment l’actrice s’est dégagée de cette étiquette.

Une débutante par hasard

Elle n’a pas choisi ce métier. « J’ai commencé un peu par hasard, donc j’ai continué encore un peu par hasard », dit-elle dans une archive de ses débuts. Elle tourne alors pendant l’année scolaire, sans quitter le lycée, puis joue dans Les portes claquent avec sa sœur, Françoise Dorléac. À cet âge, précise-t-elle, rien ne l’attirait vraiment.

Jacques Demy arrive ensuite. Gêné par sa frange bombée, il lui fait dégager le visage d’un coup de brosse, puis lui confie Les Parapluies de Cherbourg. « Jacques Demy m’a donné une image de moi-même », résume-t-elle. À 19 ans, elle se trouvait « encore un peu floue », et il a été le premier à lui faire vraiment confiance, comme femme et comme actrice.

Belle de jour de Luis Buñuel fixe ensuite l’image qui la poursuivra. Elle se dit « assez renfermée », ce qui n’est pas une qualité pour une comédienne, et certaines scènes de la maison de rendez-vous l’ont gênée. Une critique parle d’« érotisme sous cellophane ». Ce qu’elle entend le plus souvent, dit-elle, c’est la blonde froide.

Truffaut, de la Sirène au Dernier Métro

François Truffaut a cherché à contourner cette image. Il explique avoir traité Jean-Paul Belmondo comme une jeune fille et Catherine Deneuve comme un aventurier dans La Sirène du Mississipi, en gardant l’idée pour lui. Le public, reconnaît-il, a détesté le film.

Pour Le Dernier Métro, il lui écrit un rôle à sa mesure. Il l’a toujours crue capable de diriger une usine ou une maison de couture, et il lui donne un théâtre à faire tourner sous l’Occupation. Elle remarque que ces rôles de responsabilité sont rares « en général pour les femmes ». Le film triomphe et change le regard du public sur elle. Il a pourtant un revers : on lui propose ensuite quantité de films dans le même esprit, et elle veut passer à autre chose.

Téchiné, son frère de cinéma

Le film s’attarde sur sa longue complicité avec André Téchiné. Il dit que leur rencontre lui a fait faire un bond en avant : il traitait les acteurs comme de la pâte à modeler, et il a compris qu’il devait lui laisser de la liberté. Sur Hôtel des Amériques, face à elle et à Patrick Dewaere, il tourne son premier contrechamp, lui qui y résistait tant. Elle parle d’un lien « presque indestructible », celui d’« un frère et une sœur de cinéma ».

Sa méthode de travail ressort de ces tournages. Elle ne cherche pas à tout préparer : « trop préparer risque de mécaniser ». Elle aime les plans-séquences, qui lui laissent trouver son rythme, et veut bien être prise en main, à une condition. « Si c’est un rapport de force, ça ne m’intéresse pas du tout. » Nicole Garcia raconte l’avoir beaucoup dirigée pendant les dix premiers jours de Place Vendôme, avant de la voir partir seule.

Parler vite, rire beaucoup

Jean-Paul Rappeneau garde le souvenir de leur première rencontre pour La Vie de château : elle s’excuse de parler trop vite. Dans sa famille de quatre filles, celle qui parlait le plus vite se faisait le mieux entendre. Ce débit est devenu celui de ses films, et elle lui doit à son tour ce qu’elle sait du rythme de la comédie, qu’il compare à une partition.

François Ozon rapporte sa lecture de Potiche : pour elle, c’est Rocky, une humiliation suivie d’une vengeance. Léa Domenach, qui lui a fait jouer Bernadette Chirac, voulait une actrice sans peur du ridicule. « Elle est complètement punk », dit-elle.

Casser son image

Elle va chercher ailleurs ce qu’elle n’a pas encore fait, comme la mère qui n’aime pas son fils dans Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, ou les films de Manoel de Oliveira et de Raoul Ruiz. « J’ai besoin de faire des choses qui me surprennent moi aussi », explique-t-elle, quitte à se tromper.

Le plateau compte de plus en plus pour elle : le travail d’actrice est solitaire, et l’idée de troupe lui est devenue indispensable. Sur Indochine, en Malaisie, dans une chaleur qui écrase l’équipe, Régis Wargnier perd son calme. Elle demande aux autres de sortir, l’écoute énumérer ce qui ne va pas, et le tournage reprend. Sur La Tête haute, elle tempère Emmanuelle Bercot quand elle la trouve dure avec le jeune Rod Paradot, qui dit lui devoir son envie de continuer.

Sans scénario, au sud du Liban

Pour Je veux voir, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige la préviennent : le sud du Liban est détruit, les conditions seront difficiles, elle n’aura pas de scénario, et il n’y aura peut-être pas de film à l’arrivée. Elle accepte tout de suite. Ils voulaient montrer autrement des ruines que plus personne ne regarde, et sa présence devait poser une question simple : que fait Catherine Deneuve ici ?

Le documentaire la montre tournée vers le cinéma qui se fait. Elle a publié en mai Marilyn chérie avec Sébastien Cauchon, chez Flammarion, pour le centenaire de Marilyn Monroe, dont il est aussi question dans le film. Le film se ferme sur ce qu’elle retient des films qui marquent : « une beauté de la vie, des êtres ».

© Vidéo : ARTE Cinema

Sources

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